Notes · Internats

Phillips Exeter facture 71 797 dollars une année en internat et aide la moitié de ses élèves. La famille qui regarde la Suisse le sait déjà.

Les chiffres d’Exeter et ceux d’un internat suisse, pourquoi une académie américaine peut facturer moins, ce que la comparaison ne dit pas, et pourquoi la meilleure explication du prix suisse se trouve, curieusement, sur une page de bourses.

Daniel Esteban Feo7 min de lecture

Imaginez : à Hong Kong, une famille a deux onglets ouverts sur l’ordinateur. L’un montre la page des frais de Phillips Exeter Academy, dans le New Hampshire : 71 797 dollars pour une année en internat. L’autre, un internat au bord du Léman : 164 400 francs. L’un des parents fait le calcul sur son téléphone, l’autre pose la seule question qui compte : qu’est-ce que notre enfant reçoit pour la différence ?

Beaucoup d’écoles suisses préfèrent ne pas entrer dans cette conversation. Elles parlent d’excellence, de tradition et de paysage, et laissent le prix dans un PDF. Je crois que c’est une erreur. La famille fait la comparaison de toute façon, et si l’école ne l’explique pas, la calculatrice s’en chargera.

Les deux chiffres.

Pour 2026-27, Phillips Exeter publie des frais de scolarité de 71 797 dollars pour les internes et de 56 077 dollars pour les externes, plus environ 900 dollars de livres. Pour 2027-28, l’Institut Le Rosey publie un forfait de 164 400 francs pour la pension et l’enseignement, hors frais annexes. Au cours de référence de la Banque centrale européenne du 12 octobre 2026, un dollar valait environ 0,83 franc, ce qui place les frais d’Exeter autour de 59 800 francs. Selon mon calcul, le prix suisse représente environ 2,7 fois le prix américain. Ce ne sont pas les mêmes cursus, mais une famille ne fait pas cette distinction dans son premier calcul.

Pourquoi Exeter peut facturer moins.

Exeter l’explique sur son propre site : ses frais sont inférieurs à ceux d’écoles comparables parce qu’elle en limite la hausse et les complète par des collectes de fonds annuelles et les revenus de sa dotation. Elle admet ses élèves sans aucun égard pour la situation financière de la famille et couvre 100 % du besoin démontré par des aides qui ne se remboursent jamais. Les familles qui gagnent moins de 150 000 dollars ne paient pas de frais de scolarité. 49 % de ses élèves reçoivent une aide financière, l’aide annuelle moyenne pour un interne est de 60 000 dollars, et l’école accorde quelque 30 millions de dollars d’aides à fonds perdu.

Autrement dit, le prix d’Exeter n’est pas ce que paie la moitié de ses familles, et ce que paient les autres repose en partie sur des donateurs et d’anciens élèves. La philanthropie existe aussi en Suisse, mais à une autre échelle. Aiglon College, qui se présente comme une école philanthropique, a accueilli 134 boursiers depuis 1991, et la moitié de ses boursiers actuels sont financés grâce à la générosité de parents et d’anciens élèves.

Ce que la comparaison ne dit pas.

Exeter est très sélective, et son prix est un point de repère, pas un concurrent direct pour chaque place. Et les deux chiffres ne couvrent pas les mêmes choses : système d’enseignement, langues, taille des classes, voyages, sports de montagne, assurances, frais annexes. La famille ne le sait pas quand elle fait son calcul. Et personne ne le lui dira si l’école ne le fait pas.

L’angle mort : la meilleure explication du prix se trouve sur une page de bourses.

En cherchant comment les internats suisses expliquent leur prix, j’ai trouvé l’explication la plus claire à un endroit inattendu : la page des bourses d’Aiglon. Pour décrire ce que couvre une bourse complète, elle énumère les frais de scolarité, les frais du Baccalauréat International, les manuels et les examens, l’accompagnement des candidatures universitaires, le logement, tous les repas, les programmes de bien-être, le soutien scolaire, les soins sur le campus, le sport avec forfaits et équipement de ski, les expéditions, les programmes culturels, la taxe de séjour, les permis, la blanchisserie et l’assurance voyage. Sans le chercher, elle décrit ce que coûte réellement une année dans un internat suisse.

C’est exactement la liste que la famille de Hong Kong avait besoin de voir à côté du chiffre. Pas pour faire baisser le prix, mais pour qu’il cesse de paraître arbitraire.

Les familles ne comparent pas des écoles. Elles comparent ce qu’elles comprennent de chacune.

Ma position.

Un internat suisse ne gagnera pas la comparaison sur le prix, et il ne doit pas essayer. Baisser ses frais pour ressembler davantage à Exeter reviendrait à rivaliser avec un modèle financé par des donateurs, et à perdre. Ce qu’il peut faire, c’est expliquer avec la même clarté ce que comprend son prix, ce qu’il ne comprend pas, quelles aides existent et ce qu’un élève reçoit chaque jour. Un prix qu’on n’explique pas paraît cher. Un prix expliqué ressemble à une décision.

Ce que je vérifierais.

  • La page des frais. Si elle montre le coût total de la première année, frais annexes compris, ou seulement le forfait.
  • Ce qui est compris. Une liste aussi concrète que celle d’une bourse complète : repas, voyages, ski, assurances, examens, permis.
  • La comparaison que la famille fait déjà. Une page sereine qui explique la différence avec un internat britannique ou américain, sans critiquer personne.
  • Les aides. S’il existe des bourses, comment les demander et pour qui. S’il n’y en a pas, le dire clairement.
  • La monnaie. Une conversion indicative dans les monnaies de vos familles, avec la date du cours.

Par où commencer.

  1. Cette semaine

    Faire le calcul de la famille

    Comparer votre coût total avec celui de deux écoles que vos familles envisagent, dans leurs monnaies.

  2. Ce mois-ci

    Écrire ce qui est compris

    Une liste concrète de ce que paie le forfait, jour après jour, dans toutes vos langues.

  3. Ce trimestre

    Publier la comparaison

    Une page qui répond à « pourquoi la Suisse ? » avec des faits, pas des adjectifs.

  4. Chaque année

    Mettre les chiffres à jour

    Frais, frais annexes et cours de change, dès que ceux de l’année suivante sont publiés.

La famille qui hésite entre Exeter et votre école a un tableur. Dans une colonne, un montant en dollars et une aide possible. Dans l’autre, le vôtre. Qu’écririez-vous dans la troisième colonne, celle qui explique la différence ?

S’il vous faut plus d’une minute pour répondre, pensez au temps qu’il faudra à cette famille. Et à un doute qu’il vaut mieux ne pas esquiver : si votre prix est plus élevé, votre site l’explique-t-il, ou espère-t-il que personne ne fera le calcul ?

Si vous voulez que je vérifie comment votre site explique aujourd’hui le prix à une famille qui a déjà fait le calcul, commencez par le Diagnostic stratégique. Le montant que demande votre école relève de votre conseil, pas d’un designer.