Notes · Hôtels et restaurants

Une décision peut baisser les commissions. Elle ne rembourse rien.

Le Surveillant des prix, Bruxelles et une action collective à Amsterdam : ce que chaque front change vraiment pour les comptes de votre hôtel, et ce qui vaut la peine d’être fait pendant que les juges décident.

Daniel Esteban Feo7 min de lecture

Imaginez : mai 2025, le directeur d’un hôtel de Montreux lit que le Surveillant des prix a ordonné à Booking de baisser ses commissions de près d’un quart. Il inscrit déjà la commission réduite dans le budget de la saison suivante. Dix-sept mois plus tard, pour autant que j’aie pu le vérifier, la décision n’est toujours pas en vigueur.

Ce n’est pas une faute de l’autorité. Une décision baisse des prix pour l’avenir, une fois entrée en force. Ce qu’un hôtel a pu payer en trop dans le passé, elle ne le rend pas. Pour cela, il existe une autre voie, et elle a ses délais.

Ce que le Surveillant des prix a décidé.

Le 20 mai 2025, le Surveillant des prix a ordonné à Booking de réduire en moyenne de près d’un quart ses commissions envers les hôtels suisses, à 10,3 % au maximum du prix d’une nuitée. La baisse vaut trois ans et s’applique dès le premier jour du quatrième mois après l’entrée en force de la décision. Booking a recouru devant le Tribunal administratif fédéral. Selon l’autorité, la procédure était pendante en octobre 2025, et je n’ai pas trouvé de jugement depuis.

L’Espagne montre le même schéma. En juillet 2024, l’autorité de la concurrence, la CNMC, a infligé à Booking une amende de 413 millions d’euros, notamment parce que la plateforme empêchait les hôtels d’être moins chers sur leur propre site. Cet argent ne va pas non plus aux hôtels, et cette décision n’est pas non plus définitive, pour autant que je puisse en juger.

La phrase que presque personne ne cite.

La même décision contient une appréciation plus importante que le pourcentage pour toute stratégie de distribution : la suppression des clauses de parité ne devrait pas renforcer sensiblement la concurrence. Selon la décision, les plateformes continuent de contrer les écarts de prix au moyen de leurs algorithmes. Et l’autorité allemande de la concurrence a constaté qu’après l’abandon des clauses de parité étroites, Booking n’a subi aucune perte en Allemagne, mais a au contraire renforcé sa position.

Pour un hôtel, cela veut dire une chose : attendre la prochaine interdiction ou la prochaine décision, c’est peut-être attendre quelque chose qui change peu le rapport de force.

La clause a disparu. La commission, non.

Ce que Bruxelles a changé ne vaut pas forcément pour vous.

Le 28 septembre 2026, la Commission européenne a publié ce que Booking a modifié après son dialogue avec elle dans le cadre du règlement sur les marchés numériques. Les prix qu’un hôtel propose hors de la plateforme ne comptent ni pour le classement par défaut, ni pour l’accès aux programmes Genius, Preferred ou Preferred Plus, et désormais plus non plus pour Booking Sponsored Benefit. Les étiquettes « compétitif » et « non compétitif » ont disparu de l’extranet.

Pour la Suisse, la réserve figure dans le même texte : ces changements s’appliquent aux établissements de l’Espace économique européen, dont la Suisse ne fait pas partie. Ici, l’interdiction de la parité repose depuis le 1er décembre 2022 sur l’article 8a de la LCD, qui vise les restrictions de prix, de disponibilité ou de conditions, directes ou indirectes. Savoir si un désavantage dans le classement en relève est une question pour les juristes. Savoir si Booking applique les nouvelles règles à votre établissement, c’est à lui de vous le dire par écrit, et à vous de garder la réponse.

Le passé se plaide à Amsterdam.

En septembre 2024, la Cour de justice de l’UE a jugé que les clauses de parité, larges ou étroites, ne peuvent en principe pas être considérées comme des restrictions accessoires, faute de preuve qu’elles soient objectivement nécessaires et proportionnées. C’est sur cette base qu’une fondation néerlandaise, la Stichting Hotel Claims Alliance, a déposé en janvier 2026 devant le tribunal d’Amsterdam une action collective pour 3 087 hôtels, avec le soutien de HOTREC et de plus de trente associations nationales, dont HotellerieSuisse. En août, ils étaient 10 783, dont plusieurs centaines d’hôtels suisses. La fondation préparait une troisième et dernière extension à environ 18 000 établissements, et les hôtels suisses pouvaient s’inscrire jusqu’au 11 septembre 2026, selon htr hotel revue.

Un jugement rendu à Berlin montre que ces prétentions ne sont pas que théoriques : en décembre 2025, le tribunal régional de Berlin a condamné Booking à indemniser des hôtels allemands qui l’avaient attaqué. Le jugement n’est pas définitif, Booking conteste les reproches, et selon HotellerieSuisse il n’a pas d’effet direct en Suisse. Si votre hôtel n’est pas dans l’action, demandez à votre association si une voie reste ouverte.

Ma position.

Je ne bâtirais pas une stratégie sur un jugement. Ces procédures durent des années, et ni la décision du Surveillant des prix ni l’amende espagnole ne sont définitives. Mais je ne laisserais pas non plus un droit se perdre faute de papiers. Le plus sensé est de faire les deux à la fois : documenter comme si l’on allait réclamer, et vendre comme si l’on ne devait jamais rien récupérer. Un tribunal vous rendra peut-être un jour une commission. Seul votre propre canal peut vous épargner la suivante.

Ce que je vérifierais.

  • Un dossier de preuves. Les décomptes de commissions des dernières années, les contrats et conditions acceptés, la correspondance avec la plateforme.
  • Les baisses de prix que vous n’avez pas décidées. Chaque fois que votre prix est apparu plus bas sur la plateforme sans que vous l’ayez fixé, avec la date et une capture d’écran.
  • Le rendement de Genius et de Preferred. La commission supplémentaire comparée aux réservations que ces programmes apportent selon vos propres chiffres.
  • La réponse de Booking. Par écrit, si les règles introduites dans l’EEE sur le classement et les programmes valent aussi pour votre établissement.
  • Votre association. Les voies encore ouvertes dans l’action collective et les délais applicables.

Par où commencer.

  1. Cette semaine

    Ouvrir le dossier

    Télécharger les décomptes et relevés de commissions des dernières années tant qu’ils sont faciles à obtenir.

  2. Ce mois-ci

    Interroger Booking par écrit

    Le classement et les programmes fonctionnent-ils pour votre établissement sans regard sur vos prix ailleurs ?

  3. Ce trimestre

    Consulter un spécialiste

    Une avocate ou un avocat en droit de la concurrence, ou votre association, chiffres en main.

  4. Chaque saison

    Revoir le poids de chaque canal

    Si la dépendance baisse, tout jugement futur devient un bonus, pas un sauvetage.

Une amende infligée à un autre ne paie pas vos factures. Mais elle ouvre une question que peu d’hôtels se posent à voix haute : combien vous ont coûté les années où vous ne pouviez pas proposer sur votre propre site un meilleur prix que sur la plateforme ?

Vous ne le saurez peut-être jamais avec précision. Mais si vous avez gardé les factures de commission de ces années, vous avez déjà quelque chose que beaucoup d’hôtels n’ont pas encore ouvert. Savez-vous où se trouve ce dossier ?

Si vous voulez que j’examine votre site et vos canaux directs avec ces chiffres sous les yeux, commencez par le Diagnostic stratégique. La possibilité pour votre hôtel de réclamer, et le montant, relèvent d’un avocat spécialisé en droit de la concurrence, pas d’un designer.